Interview sports mécaniques – Buchholzer : les Grands Fonds, « Un défi du début à la fin »

Par Emmanuel Rolland | Le 02/07/2026 | Actualité

Une préparation compliquée entre logistique et budget

Grégory, l’édition 2026 des Rallye des Grands Fonds a été un peu particulière pour vous, peut-on revenir sur tout ce que vous avez vécu ?

Effectivement, ce rallye a été un défi de tous les instants. Un défi humain, financier, stratégique, à tous les niveaux, avant et pendant le rallye. Ça a été intense.

Cela a commencé avec des soucis de logistiques…

Absolument. C’était la même Citroën C3 Rally 2 avec laquelle j’avais participé aux Grands Fonds en 2025 et, pour des raisons techniques, je ne voulais pas la faire acheminer de la métropole à la Guadeloupe en container, car cela la mobilisait trop et empêchait mon préparateur de la louer dans l’intervalle. La solution choisie était l’avion, mais il était absolument impossible de maîtriser les délais avec Air France, malgré le fait que les dates étaient calées deux mois avant, cela n’a pas suffi. Un moment donné, on nous a dit que la voiture ne serait peut-être pas en Guadeloupe à la date prévue, il a fallu faire un branle-bas de combat pour que nous récupérions la C3 à temps pour le rallye. Au final, après de nombreuses tractations et dispositions, elle est arrivée le lundi avant la course.

Cela pose également des questions au sujet des coûts de transport ?

J’avais à cœur de rouler en Guadeloupe en raison de mes partenaires qui sont ici, mais pour le dire simplement, rouler aux Grands Fonds m’a coûté autant que faire deux épreuves du championnat de France. Dans ces conditions c’est compliqué.

Un rallye sous tension face à Quentin Chailly

Arrive tout de même le début du rallye, et tout de suite un duel intense avec Quentin Chailly…

Nous avons fini la première journée en tête du rallye mais nous avons connu un surrégime avec un passage en première au lieu de la troisième, que je ne m’explique toujours pas aujourd’hui. Mon copilote Hervé Faucher a rapidement cerné ce que cela a pu engendrer sur la mécanique, et nous nous sommes posé la question de continuer ou pas le lendemain. Nous avons finalement pris la décision de poursuivre le lendemain matin, mais avec évidemment une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Vos adversaires ignoraient votre problème ?

Personne n’était au courant. Et puis, en nous rendant au pointage au départ de la première spéciale, de l’huile a coulé sur le moteur, et une épaisse fumée est sortie du capot. Nous avons connu un problème de pompe à eau, qui s’est réglé en réinitialisant le tout, c’était assez inespéré. Mais j’ai passé toute la première spéciale les yeux rivés sur le dashboard, je n’avais pas envie de cassé le moteur. Et Quentin, qui roulait déjà très fort, nous a mis d’un coup 13 secondes.

La bataille n’a jamais cessé entre vous deux jusqu’à la dernière spéciale…

J’ai haussé le temps, repris un peu de temps, mais Quentin était déchaîné et il avait toujours un coup d’avance. Dans la dernière spéciale, il explose même une jante, mais par miracle son pneu n’a pas crevé. Il a offert une belle performance durant tout ce rallye.

Le bilan et des ambitions tournées vers le championnat de France

Un bilan plutôt positif pour vous, donc ?

Oui, de notre côté, on peut être contents de cette deuxième place, dans le sens où on a pensé abandonner par deux fois. C’était agréable de se battre face à Quentin, je pense qu’on a offert du beau spectacle. Et ce rallye était un vrai défi, du début à la fin. Quand l’équipe est partie, j’ai mis quatre jours à m’en remettre… Mais c’était une belle expérience, avec un copilote génial, investi, et pointu dans tout ce qu’il a fait durant ce week-end.

Vous aviez évoqué en début de saison votre souhait de disputer des manches du championnat de France, est-ce toujours d’actualité ?

Oui tout à fait. Mon objectif est de faire plus souvent des rallyes du championnat de France, comme je l’ai fait en fin de saison dernière au Var, qui était une expérience incroyable. Disputer ce genre d’épreuve en CFR est le mieux pour progresser en tant que pilote, et retrouver la confiance. J’aurais aimé faire le Rallye du Mont Blanc, mais viser à nouveau le Var en fin de saison me semble plus réaliste. J’ai hâte d’y retourner, mais tout dépend du retour d’un investissement mis en place pour financer le projet. Un autre projet qui me tient à cœur serait de disputer un jour le Tour de la Réunion, un épreuve incroyable, que j’aimerais découvrir.

Et en Guadeloupe ?

Pas de projet pour l’instant. L’idée est vraiment d’apprendre en championnat de France. Quand tu as connu le pilotage d’une Rallye 2 en championnat de France, tu n’a envie que de continuer et de progresser. C’est comme le piano, il faut pratiquer pour s’améliorer. Et puis au Var, je n’étais pas mal placé du tout avant de sortir de la route. Cela donne envie de continuer. Quoi qu’il en soit, je veux vraiment remercier mes partenaires, sans qui toutes cette aventure serait impossible, ainsi que Jacques Bergognon, pour son soutien sans faille.

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