Pierre-Guy Rétel, la mission d’une vie

Par Priscilla Romain | Le 03/10/2022 | Actu | News | Non classé | Sécurité routière

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Pierre-Guy Rétel, dans le monde de la moto, est connu comme le “Monsieur Sécurité”. À la tête de l’association Motard Kapestè depuis 23 ans, il organise, tous les 11 novembre, l’un des plus grands rassemblements de motards de l’île au cours duquel il répète, inlassablement les mesures de sécurité. Portrait d’un homme qui a fait de la sécurité des autres, l’engagement d’une vie.

En Guadeloupe, c’est clair. Quand un homme a l’apparence de Pierre-Guy Rétel, et, qu’en plus il est motard, on lui colle très vite, l’étiquette du “voyou”. Aux yeux de la société, c’est un homme qui entretient des activités et/ou des connaissances douteuses. C’est oublier que l’habit de fait pas le moine. Et quand il suffit de discuter quelques minutes avec l’homme pour comprendre que dans son cas, c’est encore plus vrai.

En réalité, derrière ces longues locks et ces indéboulonnables lunettes noires, on trouve un homme placide, forgé par ses valeurs et son expérience de vie. Pour Pierre-Guy Rétel, la vie se résume à un avant, et un après.

La passion de la moto et l’amour de la vitesse

L’avant, c’est la vie de ce jeune Capesterrien fougueux et se prend d’amour pour les motos au grand dam de sa mère qui voit son fils unique s’adonner à un loisir dangereux. Et, à l’époque, elle a peut-être raison de s’inquiéter. Pierre-Guy Rétel vit sa passion comme un jeune peut la vivre, avec l’amour de la vitesse et un sens de la sécurité relatif. « Quand j’y repense, nous étions complètement fous. Nous faisions des courses déchaînées sans casque avec juste un bandana sur la tête. Aujourd’hui, c’est impensable… impossible pour moi. »

En effet, des comportements aujourd’hui inimaginables, étaient monnaie courante dans les années 90 avec une Guadeloupe qui n’a accepté le port de la ceinture de sécurité qu’à grand renfort d’images choc et de campagnes de sensibilisation intensives. Comme si le malheur était la seule méthode éducative efficace.

Seulement voilà, le malheur aussi cruel qu’aléatoire et cela Pierre-Guy Rétel va l’apprendre à ces dépends.

Une perte tatouée dans la chair de Pierre-Guy Rétel

L’après commence un jour de novembre 1999. Pierre-Guy est alors avec son ami Freddy Mauricia. Au retour d’une manifestation, alors que Freddy allait récupérer un casque qu’il avait déposé, il se fait renverser par une voiture. Le choc à la tête est terrible. L’homme agonise lentement. Ses derniers mots resteront gravés dans la mémoire de Pierre-Guy. « J’ai tout entendu. Je l’ai entendu supplier, je l’ai entendu demander à Dieu de ne pas mourir. C’était très dur. »

Dieu ne réalisera pas le vœu de Freddy Mauricia. Il meurt en laissant derrière lui une compagne et une petite fille de trois mois.

Cet accident sera l’acte fondateur de l’engagement de Pierre-Guy Rétel. En la mémoire de son ami, il monte l’association Motard Kapestè dont il prend la présidence. L’objectif est partir inlassablement à la rencontre des motards pour les sensibiliser sur la sécurité routière et les bons gestes à avoir. « Si Freddy avait eu son casque, il ne serait pas mort. Il serait encore là. Alors oui, c’était peut-être son destin de mourir ce jour-là, mais nous pouvons sauver d’autres vies. »  À l’époque, trop de motards roulent sans casque, avec, en plus des comportements dangereux. Pierre-Guy ne peut plus le supporter.

Dès lors, il décide d’une date, symbole de sa croisade : le 11 novembre. « J’ai été militaire engagé, et je me suis dit que si les militaires ont leur jour, les motards doivent aussi avoir leur jour. Nous avons commencé à 5 ou 6 et aujourd’hui nous sommes des milliers. » Des passionnés qui se retrouvent non seulement pour passer une journée à rouler ensemble mais aussi pour célébrer la mémoire de ceux qui ont perdu la vie. « Quand nous faisons l’arrêt au monument à la mémoire des victimes de la route, je leur rappelle que sans prudence et sans un comportement exemplaire, l’année prochaine leur nom fera partie de ceux pour lesquels nous déposons cette gerbe. » La phrase est violente, mais nécessaire.

Dans un pays où c’est presqu’un jeu d’enfreindre les règles, Pierre-Guy estime que le choc et la rigueur sont les seuls vecteurs pour s’assurer qu’un message passe correctement.

Pierre-Guy Rétel, une vie dédiée à la sécurité

Plus loin que la sortie du 11 novembre, l’association Motard Kapestè a un volet de prévention pour les jeunes. « On ne peut pas redresser un vieil arbre, mais on peut permettre à un jeune plan de pousser droit. C’est ce que nous faisons avec les enfants. » À grands renforts de rencontres et d’ateliers, l’association apprend aux enfants les gestes de responsabilité sur la route.

Elle est épaulée dans sa mission par le commandement de la gendarmerie de Guadeloupe avec lequel elle entretient d’excellents rapports. Ensemble, ils montrent aux enfants comment l’accident à moto ou en voiture peut être le fruit d’une série de mauvaises décisions du chauffeur. « On dit que la moto tue, mais souvent, c’est le comportement que l’on a qui tue. C’est l’irresponsabilité ou l’imprudence du motard qui tue, pas la moto. » Avoir le bon équipement, vérifier régulièrement sa machine, conduire prudemment, éviter les pics de vitesse, du bon sens… tout simplement. « Un humain n’est pas fait pour aller vite. Nous avons construit des machines pour aller vite, mais nous sommes avant tout des bipèdes. » En réalité, pour cet homme marqué dans son cœur par la perte d’un ami-frère, s’écarter de la sécurité, c’est prendre le risque de ne plus jamais rentrer chez soi ou pas de la manière dont on est parti.

Aimer quelque chose si fort qu’on l’enroule dans du papier bulle pour qu’il ne se casse jamais !

Et à l’évoquer seulement, son visage se creuse. « Autour d’un accident, il y a toute une avalanche de conséquences. Il y a en effet la douleur de la mort, mais il y a aussi l’absence à expliquer à la famille de la /du disparu(e), il y a le choc vécu par l’autre conducteur, s’il n’est pas trop blessé, il y a l’assurance, et les choses à payer, c’est toute une mécanique qui s’ajoute au deuil. Ce n’est pas anodin. » Cette mécanique de la catastrophe, il veut l’épargner à tout prix aux autres mais aussi à lui-même. « Sur mes motos, il y a le chiffre 111, qui résume la date de naissance de mon fils. Quand je vois ce chiffre, je sais que je dois rentrer chez moi et j’adopte le comportement qu’il faut. »

Ici la passion ne signifie pas brûler la vie par les deux bouts ou vivre la main droite rivée sur les gaz… C’est un peu comme aimer quelque chose si fort qu’on l’enroule dans du papier bulle pour qu’il ne se casse jamais… Mais peut-on en vouloir à l’homme, la seule fois où sa passion est tombée, elle a laissé une fêlure indélébile. Au milieu de son magasin, la photo de Freddy trône. On le voit, l’air bonhomme, les jambes de part et d’autre d’une moto rouge rutilante. Aussitôt que les yeux de Pierre-Guy Rétel se posent sur la photo, son regard se voile un peu. “ Le 11 arrive. Je lui ai déjà parlé, comme d’habitude. Je lui ai déjà demandé de faire en sorte que tout se passe bien.” Nul doute que, cette année encore, de là où il est, Freddy exaucera la prière de son ami.

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Commentaires (1)
  • Le 08/10/2022 | Bard

    Bonsoir mr retel bravo à vs très bonne initiative la sécurité avant tout je porte mon casque 👷‍♀️ 👷‍♀️ et je conduit sans ma ceinture de sécurité très bonne continuation je vois ce n'est pas hier vs avez commencé comme ont dit le travail continue big foss a vs protection pour vs et votre famille 👪 👪

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