Une « ZFE » mise en place par surprise à Mayotte

Par Nora Godeau | Le 23/09/2021 | Environnement

Les mesures annoncées vendredi 17 septembre dernier ont provoqué l’ire des automobilistes. A partir du 1er octobre, une circulation alternée en fonction de la plaque d’immatriculation sera mise en place les lundis et mardis à l’intérieur de Mamoudzou. Ainsi, les lundis, la circulation sera interdite aux véhicules possédant une plaque d’immatriculation paire. Les mardis, ce sera au tour des plaques impaires. Cette mesure concerne 3 axes délimités par des ronds-points : la Route Nationale 1 du rond-point Jumbo au rond-point Passot (axe nord), la Route Nationale 2 du rond-point Passot au rond-point Dinga dingani (axe sud) et la Route Départementale 3 du rond-point Croix-Rouge au rond-point Collège de Passamainty (axe centre). La mesure ne concerne évidemment pas les riverains de l’interzone. En outre, le maire a ajouté l’interdiction de circulation des véhicules de plus de 15 ans (sauf pour les deux-roues). 

Ces mesures ont pour ambition de réduire la pollution atmosphérique dans le chef-lieu et de désengorger la ville de ses monstrueux embouteillages. En effet, environ 11 000 personnes étrangères à la commune s’y rendent quotidiennement pour travailler, un trafic routier qui représente plus de 62 000 véhicules entrant et sortant chaque jour. « Sans préjudice de toutes celles s’y rendant par taxi, autostop et covoiturage », précise d’une manière assez alambiquée l’arrêté du maire. Ambdilwahedou Soumaila encourage vivement les modes de transport alternatifs. Et c’est là que le bât blesse pour la population mahoraise : car cet arrêté arrive comme un cheveu sur la soupe sans que rien n’ait été préparé en amont pour que la mesure soit véritablement applicable. 

Peu de solutions alternatives

Inutile de dire que ces mesures ont été très mal accueillies par la majorité de la population mahoraise et ont enflammé les réseaux sociaux. Et pour cause ! Les véhicules de plus de 15 ans constituent une grande partie du parc automobile de l’île et le maire souhaite encourager des modes de transports alternatifs soit inexistant sur l’île soit très peu, ou très mal, développés. Ainsi, si des projets de bus sont sur le feu depuis des années, les usagers n’en ont toujours pas vu la couleur, rendant compliquée la circulation sans véhicule personnel. Il y a bien les taxis collectifs, qui sur l’île remplacent les bus, mais leur trajet est « au bon vouloir » des chauffeurs qui refusent de se rendre à certains endroits de la ville. Par peur de la délinquance ? Non ! Surtout parce que certaines routes, pleines de nids de poule, risquent d’abîmer leur voiture ou encore parce qu’ils savent qu’ils n’y trouveront pas suffisamment de clients pour remplir leur véhicule. 

Quid du covoiturage ?  Certes, il existe bien quelques applications, mais elles peinent encore à prendre leur essor par manque d’habitude de la population. Quand au stop, beaucoup de personnes n’osent même pas y songer par peur des agressions, même si, en réalité, rares sont les délinquants qui circulent en voiture aux heures ouvrables. En revanche, quelques affaires d’automobilistes agressés par des auto-stoppeurs ont dissuadé plus d’un conducteur de s’arrêter devant les « mains en cuillère » remplaçant « le pouce » sur l’île aux parfums. 

« Inciter les gens à se remettre en cause »

Ces mesures font couler beaucoup d’encre, les gens craignant de se retrouver « en galère » pour aller travailler, en particulier ceux qui habitent loin dans le sud ou dans le nord. « C’est un abus de pouvoir » ou encore « il se comporte en shérif » : Ambdilwahedou Soumaila s’en prend plein la figure depuis ses annonces. Il tient cependant bon et défend bec et ongles son arrêté : « Il fallait faire quelque chose pour lutter contre les embouteillages. Cela fait 50 ans qu’on entend parler de projets de bus, de voies de contournement, de voies maritimes, etc. Pour le moment, aucun n’a abouti. Si on ne fait rien, dans 50 ans ce sera pareil ! J’espère donc que ces mesures inciteront les acteurs mahorais à faire bouger les choses », nous a-t-il confié.   

Il s’agirait donc d’une stratégie pour forcer Mayotte à évoluer. « Les taxis doivent s’organiser et mieux s’armer pour répondre aux demandes de leurs clients », affirme le maire qui prétend que ces mesures « doivent inciter les gens à se remettre en cause ». « Cela sauvera des vies car les usagers prennent des risques inconsidérés pour éviter les bouchons et cela améliorera le cadre de vie », martèle-t-il. En tout cas, tous les policiers municipaux seront « sur le coup » pour contrôler les usagers et une amende de 35 euros attend celui ou celle qui ne respectera pas l’arrêté. Un test qui durera jusqu’au 31 décembre 2021. Passé ce terme, la commune dressera un bilan de son efficacité.  

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