Dossier – Convertir les centrales EDF Outre-mer aux biocarburants : est-ce bien raisonnable ? (II)

Par Redaction | Le 04/12/2023 | Environnement | Green

Une solution qui fonctionne, une émission de gaz à effet de serre moindre, la solution avancée par EDF est-elle pertinente pour décarboner les Outre-mer ?

EDF a annoncé en octobre 2023 que d’ici 10 ans, toutes ses centrales seraient alimentées avec du biocarburant liquide à la place du fuel actuel. Est-ce bien raisonnable ? Il faut regarder les choses de plus près.

10 ans, un délai significatif et signifiant, qui interroge

Tout d’abord, arrêtons-nous sur le délai. EDF a certainement de bonnes raisons, on pense à des contraintes logistiques ou industrielles, mais ce délai interroge. Pourquoi attendre 10 ans ? En matière de décarbonation, chaque tonne de CO2e non émise a un impact bénéfique pour les 100 prochaines années au moins. A l’inverse, une tonne émise reste dans l’atmosphère au moins 100 ans, et contribue au réchauffement pendant toute cette période.

Alors pourquoi attendre ? En fait il y a au moins trois aspects majeurs et imbriqués qui causent ce délai: le coût, la disponibilité et le manque d’autonomie énergétique des outremer.

Un coût considérablement augmenté

Le premier aspect majeur peut-être résumé par cette donnée économique fondamentale qu’est le coût du kWh. Dans les Outre-mer, la production du kWh est pour EDF déjà environ deux fois plus chère qu’en métropole. Même si c’est un secret bien gardé, on peut juste comparer avec les îles sans ressources hydrauliques importantes pour se convaincre que c’est une estimation optimiste. Les raisons sont connues, principalement : il n’y a pas de nucléaire, c’est une ZNI (Zone Non Interconnectée, c’est-à-dire aucune possibilité de s’appuyer sur ses voisins pour réguler la production), et il y a des frais d’approche.

L’adjonction de biocarburants, selon les projections à 10 ans d’EDF, induiraient un coût du kWh estimé à 3 fois supérieur à aujourd’hui. Qui va payer la différence avec la métropole ? Le consommateur ? Le contribuable ? Un nouvel impôt pour les entreprises ? Cette question, non résolue, invite à reporter les échéances et les réflexions de fond. A ce stade, les promesses électorales sur le maintien du sacro-saint « pouvoir d’achat », ou sur la résolution du mur de la dette de l’Etat, mais aussi les demandes d’autonomie des territoires reportent tout débat à plus tard. 10 ans c’est bien au-delà des mandats de tous les responsables politiques ou mandataires d’entreprise actuels. On peut légitimement se demander qui va assumer cette promesse, et comment.

L’écart avec les coûts du kWh de la métropole (protégée par le nucléaire) va faire le grand écart, sera-t-il compensé ?

Passer aux biocarburants, c’est jouable techniquement, mais c’est donc très cher. Peut-être faut-il attendre 10 ans pour que le coûts baissent un peu. Cependant, de toute façon cela va multiplier le coût de l’électricité et le facteur proche de 3 (estimation qui demande à être affinée), contrairement à l’hexagone protégé par son parc nucléaire aux coûts maîtrisés. Personne ne sait même si la compensation actuelle du surcoût du kWh dans les Outre-mer va perdurer. Aujourd’hui cette péréquation est assumée par le contribuable français (pour rendre le prix pour le consommateur ultramarin très proche de celui de l’hexagone), il pourrait se lasser.

Tout le monde voudra des biocarburants !

Une deuxième question est relative à la disponibilité même de ces biocarburants, et à la compétition entre les usages. La biomasse est une denrée rare. Pour être crédible dans ce projet de biocarburants, il faudrait faire des projections systémiques avec tous les usages hiérarchisés, y compris l’aérien. Ceci, avant de voir si on pourra réellement approvisionner les centrales des Outre-mer à coût acceptable.

Il ne s’agit pas là seulement des coûts de production, mais de la loi de l’offre et la demande. D’autres considérations liées à la Stratégie Nationale Bas-Carbone flècheront aussi les usages les plus pertinents. Notons que les carburants synthétiques (fabriqués à partir de CO2 et H2) par ailleurs en développement coûteront probablement encore plus cher. Si les biocarburants ou e-carburants étaient bon marché et largement disponibles, la France, qui, on le sait, « n’a pas de pétrole mais des idées », les utiliserait massivement depuis longtemps.

La hiérarchie des usages imposera sa loi dans la décarbonation

Il y a des lois fondamentales : ce qui est rare et cher sera réservé à des usages à forte valeur ajoutée, à l’énergie difficilement substituable. On pense à l’aviation à la mobilité terrestre utilitaire lourde par exemple. Peut-on dire que produire de l’électricité avec du fuel est un usage non substituable ? Non, on sait produire de l’énergie autrement. On sait produire avec du photovoltaïque, même si la délicate question de l’intermittence de cette énergie doit être traitée. Peut-on dire que produire de l’électricité c’est un usage premium, à haute valeur ajoutée ? Non, en soi c’est une commodité.

La priorité absolue à l’autonomie énergétique des Outre-mer

Enfin, une troisième question fondamentale est loin d’être résolue par la proposition d’EDF. L’autonomie énergétique des Outre-mer n’est pas améliorée par l’importation structurelle de biocarburants. Certes, la situation est semblable aujourd’hui avec l’importation des énergies fossiles, mais la solution future ne l’améliore pas. Or, la guerre en Ukraine et l’instabilité géopolitique ont soudain montré que l’approvisionnement en énergie n’est pas simple.

Il faut travailler d’arrache-pied à une forme de capacité de résilience énergétique et d’autonomie. L’électricité est une commodité, certes, mais une commodité stratégique. Organiser les choses pour dépendre encore et encore massivement de l’extérieur n’est pas la voie à privilégier.

Il semble qu'il n'y ait pas de solution magique ou unique. C'est ce que nous développerons dans la dernière partie de notre dossier.

Redaction
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