Interview Reshad De Gerus : La Réunion à l’International

Par Emmanuel Rolland | Le 24/01/2024 | Passion auto / moto | Sports mécaniques

À 20 ans, Reshad De Gerus peut déjà se prévaloir d’une expérience déjà bien fournie en sport automobile. Le natif de Sainte-Marie, à la Réunion, compte déjà notamment deux participations aux 24 Heures du Mans, et entend bien faire encore briller les couleurs de son île en endurance cette saison, lors de laquelle il disputera l’European Le Mans Series sur un prototype Oreca LMP2 de l’écurie IDEC Sport. Oovango l’an rencontré avant cette nouvelle campagne.

Reshad, peut-on dire que le sport automobile est vite apparu comme une évidence pour vous ?

 » Effectivement, mon père faisait du rallye à la Réunion. Il roulait pour le plaisir avant tout, et moi j’ai grandi là-dedans. A cinq ans, j’ai voulu essayer le karting… et je n’ai plus jamais décroché depuis. « 

Après avoir fait vos premières armes à la Réunion, il a vite fallu faire le choix de la Métropole…

 » Oui, j’ai fait du karting à la Réunion de 5 à 14 ans. Puis j’ai commencé à faire des allers-retours en Métropole pour prendre part à certaines compétitions. En 2017, j’ai été sacré vice-champion de France en catégorie X30 Junior, et à partir de là il a fallu faire un choix pour la suite. Le sport automobile m’a toujours passionné, dès que j’ai commencé, j’ai voulu en faire mon métier. J’ai donc décidé de quitter mon île. J’ai intégré la FFSA Academy [le centre de formation de la fédération française de sport automobile au Mans, NDLR], et j’ai fait mes débuts en monoplaces, en championnat de France de Formule 4, en 2018, à 15 ans. « 

Vice-champion de France Junior en F4 la première saison, vous décrochez le titre de vice-champion au général en 2019, avec quatre victoires. Vous passez en Formule Renault Eurocup avec Arden en 2020, puis tentez le passage en Formule 3 FIA en 2021, avant de bifurquer vers l’Euroformula Open en fin d’année. Des temps plus difficiles en monoplaces…

 » La Formule 4 en France s’est bien passée, avec quelques succès et une deuxième place au général, mais ensuite j’ai compris certaines choses dans le milieu de la monoplace. Notamment que, si l’on ne dispose pas d’un budget conséquent, il est difficile d’intégrer une des grosses équipes du plateau. Or, on observe que ce sont toujours les mêmes structures qui s’imposent dans ces catégories. A partir de là, c’était compliqué. J’ai vécu des années très intéressantes, et c’était très formateur, mais j’ai préféré bifurquer vers l’endurance fin 2021. « 

Pourquoi l’endurance ?

 » Je voyais davantage d’opportunités et de perspectives d’évolution, surtout avec l’arrivée de tous ces constructeurs en Hypercar, la nouvelle catégorie-reine du championnat du monde d’endurance. Sans compter que rouler en endurance est plus accessible en termes de budget. « 

Trois premières courses en European Le Mans Series en 2022 avec l’équipe Duqueine, mais surtout une première participation aux 24 Heures du Mans, à 19 ans seulement !

 » Effectivement, c’était incroyable. Cette première participation aux 24 Heures, c’était surtout en mode découverte, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Finalement, on a signé une belle performance, mais notre progr ession a été stoppée par un ennui technique : nous avons cassé un ressort de suspension pendant la nuit et nous avons dû nous arrêter longuement pour réparer. On a alors perdu tout espoir de podium. Mais c’était une belle expérience. « 

Et puis il y a eu des contacts avec Alpine…

Alpine a stoppé son programme en prototype LMP1 pour se consacrer à son projet Hypercar [qui arrivera en 2024, NDLR], et l’équipe Signatech, qui gère l’engagement d’Alpine en Endurance, a décidé de faire la transition en disputant la catégorie LMP2 en attendant l’Hypercar.  » Philippe Sinault, le directeur de Signatech, m’a contacté, mais je n’ai pu intégrer l’équipe LMP2 pour diverses raisons pour 2023. En revanche Philippe m’a orienté vers l’équipe COOL Racing, où Nicolas Lapierre, qui travaille sur l’Alpine Hypercar, est impliqué en tant que patron et pilote. « 

Cela permet à Alpine de vous suivre de près pour l’avenir ?

 » Oui, je n’ai pas officiellement le statut de pilote Alpine, mais j’ai un pied dans l’équipe, et il y a un échange permanent avec eux, et des retours fréquents entre Alpine et Nicolas à mon sujet. J’ai pu assister à l’une de leur course en WEC [le championnat du monde d’endurance] à Monza l’an passé. C’était très enrichissant car j’ai pu voir comment ils travaillaient. Et, de manière générale, c’est important d’être proche d’eux car, avec le projet Hypercar, des choses nouvelles et intéressantes peuvent se profiler à l’avenir. « 

Pour en revenir à la saison 2023 en ELMS avec COOL Racing, elle s’es montrée tout aussi enrichissante, notamment avec plusieurs équipiers prestigieux !

 » Des équipiers prestigieux, c’est sûr. Avec Nicolas Lapierre, dans l’équipe mais pas sur la même voiture que moi, mais aussi José Maria Lopez [double champion du monde d’endurance avec Toyota, et triple champion du monde de supertourisme avec Citroën, NDLR], qui partageait la voiture avec moi sur toute la saison, sans oublier Simon Pagenaud, qui nous a rejoint pour les 24 Heures du Mans. « 

Une saison qui a débuté avec une sacrée performance…

 » J’attaquais ma première saison complète en endurance près un programme partiel en 2022. Et dès la première course à Barcelone, l’équipe COOL Racing m’a laissé faire la qualification. C’était un peu inattendu, et c’était une grosse responsabilité, mais j’ai pu signer la pole position, et c’était une belle satisfaction. Mais j’ai surtout appris de mes équipiers tout au long de la saison, notamment de José, qui m’a permis de progresser dans la gestion du trafic. « 

Vos deuxièmes 24 Heures du Mans se sont en revanche montrées plutôt frustrantes.

 » Avec l’apport de Simon [Pagenaud, aux côtés de Reshad De Gerus et Vladislav Lomko], les attentes étaient assez élevées avant Le Mans, et moi j’avais déjà l’expérience de 2022. On a beaucoup travaillé avant la course, et on se qualifie pour l’Hyperpole, ce qui n’était pas rien compte tenu des autres pilotes présents dans la catégorie LMP2. La course s’est avérée ensuite plutôt compliquée avec la météo, on a réussi à survivre lors des premières heures. Nous avons été retardés et est arrivé mon relais de nuit. Je devais attaquer pour remonter, ça marchait du tonnerre, jusqu’à la deuxième place de la catégorie, mais j’ai malheureusement fait une petite erreur dans le trafic et j’ai tapé le mur dans les Esses Porsche. La voiture était trop endommagée pour repartir. C’est dommage, mais c’est Le Mans, et il a fallu tirer des leçons de tout ça. « 

La saison 2024 se profile, nouvelle saison, nouvelle équipe encore, avec IDEC Sport !

 » Différentes choses ont fait que nous n’avons pu trouver d’accord avec COOL Racing pour 2024, et il n’y avait pas de possibilité pour moi dans une de leurs voitures. Mais nous nous sommes quittés en bons termes, et j’ai décidé d’embarquer pour un nouveau challenge, toujours en ELMS, mais avec IDEC Sport, une écurie française [avec Paul Lafargue et Job van Uitert]. C’est une équipe qui a montré qu’elle était capable de jouer devant, ils ont notamment remporté le championnat en 2019, et je pense que c’est un bon choix pour cette année. Et puis il n’y a qu’une seule voiture, tout le monde sera concentré sur un seul équipage, et ça peut être une bonne chose. « 

Quels sont les objectifs pour cette troisième saison en endurance ?

 » On verra au fur et à mesure, mais le plateau sera particulièrement relevé cette année en ELMS. Comme il n’y plus de LMP2 en WEC, beaucoup de pilotes du championnat du monde se retrouvent dans le championnat européen, et certains font même les deux championnats. Ce sera d’ailleurs une belle occasion de se mesurer à des pilotes qui évoluent parallèlement au niveau mondial, et notamment certains pilotes Alpine… Quant à nous, l’objectif sera de travailler, d’être les plus constants possibles, et de nous battre pour la pole position et la victoire. Et il y aura normalement encore les 24 Heures du Mans au programme, ce serait beau, vu que c’est la seule épreuve du championnat du monde qui fait rouler les LMP2. « 

En abordant cette troisième saison en endurance, et déjà… votre septième saison en sport automobile à 20 ans seulement, vous sentez-vous plus mature en tant que pilote ?

 » Je pense avoir progressé sur pas mal de points. Je travaille sur toutes les qualités qu’un pilote professionnel se doit d’avoir. Il faut certes aller vite, mais il faut aussi savoir travailler avec les mécaniciens et les ingénieurs. Cela passe par avoir notamment la bonne façon de communiquer pour amener les changements désirés sur la voiture. Et sur le plan du pilotage, j’ai beaucoup appris, notamment de mes équipiers en 2023, par exemple la gestion du trafic… « 

Un mot sur une autre facette de votre activité, le coaching de pilote ?

 » J’ai fait le BP JEPS (diplôme de moniteur en sport automobile) où j’ai rencontré Lorens Lecertua, un jeune pilote belge de 16 ans qui a fait l’objet d’un projet de coaching dans le cadre de ma formation. Et nous nous sommes bien entendus, il m’a demandé de le suivre pour ses débuts en sport auto… et il a remporté l’Alpine Europa Cup pour sa première année, devenant le plus jeune champion de cette série. Ce n’était pas forcément au programme, mais c’était une belle surprise. On voit que les carrières se jouent dès le plus jeune âge, et c’est important d’être accompagné. J’aurais aimé être guidé comme ça lors de mes débuts, alors j’essaie de transmettre mon expérience aux plus jeunes. « 

Être Réunionnais et s’illustrer à l’échelon international, cela doit être une vraie fierté ?

 » C’est sûr. On est certes français, mais moi je viens de ma petite île, dans l’océan Indien, et cela me fait évidemment très plaisir de pouvoir défendre les couleurs de la Réunion à ce niveau. Quand je suis arrivé en Métropole au début, on ne me prenait pas forcément toujours au sérieux, mais ça a été un carburant pour moi, pour prouver que l’on pouvait faire de grandes choses en venant de la Réunion.

Et je vois aussi l’intérêt que suscite mes origines, notamment quand j’ai fait la pole à Barcelone au début de la saison dernière, beaucoup de gens, des pilotes étrangers surtout, m’ont découvert à ce moment-là, et se sont intéressés à la Réunion, qu’ils ne connaissaient absolument pas avant. Et c’est un honneur, une fierté, de voir mon évolution en sport automobile, et de montrer que, même si c’était difficile au début, après avoir tout quitté, en travaillant dur, on arrive quand même à évoluer et à avancer. Je voudrais montrer aux Réunionnais qu’ils ne doivent pas craindre de se lancer dans leur projet. « 

La saison ELMS débutera le 14 avril sur le circuit de Barcelone.

Emmanuel Rolland
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