Heyap, le covoiturage par l’entraide à Mayotte

Par Nora Godeau | Le 30/09/2021 | Actu | L'auto & vous

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Depuis un an, les applications de covoiturage fleurissent sur le territoire mahorais. Garico, Co’Reindré et Heyap se partagent notamment le marché. Toutefois, Heyap a pour spécificité d’être véritablement basée sur l’entraide ou « la mussada » en shimaoré. Le créateur de l’application, le jeune Ambdillah Bacar, 28 ans, nous en explique le principe.

Alors qu’à partir du 1er octobre l’interdiction de circuler pour les véhicules de plus de 15 ans et la circulation alternée certains jours de la semaine décrétée par le maire de Mamoudzou mi-septembre sera effective en test jusqu’au 31 décembre (lire ci-après), le covoiturage semble être une solution pour continuer à se rendre dans le chef-lieu de Mayotte. Depuis quelques mois, plusieurs application de covoiturage ont vu le jour sur l’île aux Parfums. L’une d’entre elle, Heyap, s’est développée d’une simple page Facebook basée sur l’entraide. Oovango a rencontré son jeune fondateur.

Oovango : Comment vous est venue l’idée de créer cette application ?

Ambdillah Bacar : A la base je suis technicien de laboratoire, donc rien à voir avec le web ! Je réside en métropole, mais c’est en venant en mission à Mayotte, mon territoire d’origine, que je me suis rendu compte des difficultés de déplacement auxquels se heurtaient mes collègues, notamment pour se rendre sur leur lieu de travail. Quand on habite dans le sud ou le nord et qu’on ne possède pas de véhicule, la seule solution ce sont les taxis-brousse, qui reviennent cher à la longue et qui s’arrêtent partout ! C’est à partir de ce constat que l’idée a commencé à germer dans mon esprit. Le nom de l’application est un mix entre le mot shimaoré « heya » qui signifie « monter » et le mot français « application ». 

Ambdillah Bacar a 28 ans
A 28 ans, Ambdillah Bacar a développé une application de covoiturage à Mayotte – DR

O. : Etait-ce également à vocation écologique, pour tenter de réduire les embouteillages notamment ? 

A.B. : Non je n’avais pas cette prétention. La problématique des embouteillages à Mayotte est complexe et se heurte au problème du manque d’axes routiers et de transports en commun. Je ne pense pas que le covoiturage à lui seul puisse contribuer à régler le problème. Non, mon ambition était vraiment d’aider les gens avec de faibles moyens à se déplacer. Contrairement aux autres applications qui existent, le règlement ne se fait pas en ligne, mais en liquide de la main à la main. Le passager propose un prix pour un trajet et libre au conducteur d’accepter ou non. Ce système est particulièrement bien adapté au territoire mahorais où beaucoup d’habitants n’ont pas de compte bancaire. En outre, cela revient souvent bien moins cher qu’un taxi ! C’est un système d’entraide basé sur notre tradition de mussada (solidarité traditionnelle à Mayotte). 

O. : Comment fonctionne concrètement l’application ? 

A.B. : Les passagers et les conducteurs s’inscrivent. Ces derniers sont obligés d’enregistrer leur carte bancaire puisque Heyap prend 30% du prix du trajet. Les conducteurs annoncent leurs trajets et, à partir de là, les passagers leur font une offre de prix qu’ils peuvent accepter ou ignorer. Cette somme est évidemment inférieure au prix d’un taxi sinon ça n’aurait pas d’intérêt, mais pour des trajets quotidiens cela peut permettre aux conducteurs de payer une partie de leur essence. Par ailleurs, j’ai mis en place un système de « matching » pour permettre aux passagers et aux conducteurs de voyager avec des personnes compatibles. Cela peut être par exemple le fait de fumer ou non dans la voiture, d’aimer écouter la radio ou tout simplement discuter. Cela peut avoir son importance sur des trajets longs et surtout quand on est coincés dans les embouteillages…

O. : Avec ces faibles prix, vous arrivez à vous y retrouver financièrement ?

A.B. : Comme je vous l’ai dit, j’ai un autre métier à côté donc mon but n’était pas vraiment de faire de l’argent, mais plutôt d’aider la population. C’est sûr que financièrement ce n’est pas la folie pour le moment, car il y a encore un gros travail d’éducation à faire à Mayotte. Trop peu de gens connaissent le principe du covoiturage. Cependant, j’ai pour le moment 200 inscrits et une quarantaine de trajets quotidiens proposés. C’est donc que mon application répond quand même à un besoin, même s’il y a pour l’instant beaucoup plus de passagers que de conducteurs. Mon application est encore assez rudimentaire, car je me suis formé en autodidacte, mais j’espère l’améliorer au fil du temps à mesure que le concept du covoiturage rentrera dans les mœurs à Mayotte. 

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